Déclaration conjointe au Forum tri-national multisectoriel de Mexico / 20 ANS D’ALÉNA : BASTA DU LIBRE-ÉCHANGE !

alena_anniversaireMexico, du 28 au 31 janvier 2014  DÉCLARATION CONJOINTE

À vingt ans de la signature de l’ALÉNA, les organisations syndicales, paysannes, environnementales, de femmes et de Droits humains du Mexique, des États-Unis, du Canada et du Québec, se sont réunies à Mexico dans le cadre d’un Forum tri-national afin de réaliser le bilan des impacts de l’accord sur les droits humains, sociaux, environnementaux, culturels et les droits du travail. Nous déclarons que les bienfaits de l’ALÉNA ont été largement surestimés dans le but de le vendre à la population. Non seulement les promesses n’ont pas été remplies mais nous avons assisté à l’augmentation des inégalités, à l’appauvrissement de la grande majorité de la population, à la disparition de nos emplois, à la précarisation du travail, à la dégradation de l’environnement, à la détérioration de la cohésion sociale et à la hausse de la violence.

Il est clair pour nous que la politique économique et du travail imposée par les accords commerciaux conduit à une généralisation de l’exploitation et de la marchandisation des biens communs et des écosystèmes, ainsi qu’à une intensification de l’utilisation commerciale du corps des femmes.

Cela se manifeste par la privatisation des services publics et l’affaiblissement des systèmes de sécurité sociale qui ont un impact inéquitable pour les femmes qui ont la charge des soins familiaux; par la fermeture de milliers d’usines qui a conduit à l’élimination d’emplois de qualité et excluant des milliers de personnes, plus particulièrement les jeunes, du droit à la négociation collective; ainsi que par un contrôle accru des corporations transnationales sur des pans entiers de nos sociétés comme les secteurs de l’agro-alimentaire, des pêches, de l’énergie et de l’extraction des ressources naturelles. La résistance de nos peuples à ces attaques a favorisé l’augmentation de la répression à l’endroit des syndicats démocratiques et des mouvements sociaux, la violation des droits des peuples autochtones, la criminalisation de la contestation et la militarisation.

L’ALÉNA, dans son chapitre sur la protection des investissements, en particulier par le mécanisme de règlement des différends investisseurs-État, a modifié l’équilibre des forces pour favoriser les corporations transnationales. En effet, il leur a offert la possibilité de défier des lois démocratiques en plaidant devant des tribunaux spéciaux de juridiction extraterritoriale laissant les peuples sans défense et affaiblissant les protections environnementales. L’augmentation du contrôle par les corporations n’a pas servi à générer une prospérité partagée entre les peuples, mais plutôt à enrichir ces transnationales. Au Mexique, en particulier (et en Amérique Centrale avec l’accord CAFTA), nous constatons une croissance de l’économie informelle qui engendre plus de pauvreté et a obligé des millions de personnes à chercher du travail au Nord, où elles font face à une forte discrimination.

Aujourd’hui, on cherche à approfondir le mauvais modèle de l’ALÉNA au travers de nouveaux accords, en particulier le Partenariat Transpacifique (PTP), dans le but d’accroître le pouvoir des corporations transnationales et d’imposer des restrictions à la capacité de régulation des marchés par les États. Ces traités sont en train d’être négociés par nos gouvernements en secret et dans le dos des citoyens et citoyennes.

Nous, les organisations réunies dans ce forum, condamnons le modèle de l’ALÉNA et exigeons sa renégociation pour plus de transparence et d’équité entre nos peuples. Nous exigeons également :

L’ouverture des négociations de tous ces accords commerciaux à la participation de la société civile, ce qui implique la publication préalable des textes et la mise sur pied de mécanismes d’information, de participation et de délibération sociale qui ne peuvent pas prendre la voie du «fast track».

L’élimination des mécanismes de règlement des différends investisseurs

– État dans le but de renforcer la capacité des États de garantir les droits du travail, sociaux et environnementaux, particulièrement pour les personnes immigrantes.

L’insertion, dans le texte de ces traités, de mécanismes efficaces de protection des droits de la personne, du travail et de l’environnement, assortis de sanctions équivalentes à celles qui résulteraient de la violation des clauses commerciales.

À ce modèle, nous opposons la supériorité des droits des personnes sur les privilèges des entreprises, c’est pourquoi nous devons développer de nouveaux modèles de coopération et d’échanges internationaux basés sur la justice, la solidarité et les plus hauts standards écologiques.

Nous nous engageons à renforcer l’articulation de nos mouvements de contestation de façon multisectorielle et trinationale dans le but d’intensifier la lutte contre ce modèle et de promouvoir des voies d’intégration nord-américaine alternatives.

À toutes les organisations civiles et aux citoyennes et citoyens en général, nous lançons un appel à la mobilisation contre le sommet des «Trois Amigos» qui aura lieu à Toluca (Mexique) le 19 février 2014, de façon à exprimer notre opposition au PTP et à toutes les autres initiatives visant à approfondir le modèle commercial en vigueur.

Déclaration approuvée le 31 janvier 2014, dans la ville de Mexico, D.F., par toutes les participantes et tous les participants de ce Forum provenant des organisations suivante : Les organisations

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