Traité TransPacifique (TTP) : un partenariat « mort-né » ?

Les Etats-Unis ne négocient pas seulement un traité transatlantique avec l’Europe. Ils font de même sur leur côte pacifique, depuis 2008, avec 12 pays de la zone. C’est le partenariat transpacifique ou « TPP », un accord commercial largement contesté par les opinions publiques et dont les négociations patinent notamment avec le Japon. Il pourrait bien être condamné compte tenu du tour de passe-passe joué par Pékin lors d’un sommet début novembre.


Réunion de l'APEC début novembre - Ng Han Guan/AP/SIPA

Réunion de l’APEC début novembre – Ng Han Guan/AP/SIPA

« La ligne d’arrivée est en vue » se réjouissait début novembre dans le Wall Street journal Tim Groser, ministre du commerce — optimiste — de Nouvelle-Zélande, à propos de l’avancement des négociations du traité transpacifique. Visiblement, dans la course au libre-échange, tout le monde ne court pas à la même vitesse car il reste bien des problèmes à régler. Si les Américains poussent pour la signature d’un accord même non entièrement finalisé début 2015, le calendrier japonais est beaucoup moins pressé.

  En octobre dernier, lors de son discours de rentrée au Parlement, le Premier ministre japonais avait tout simplement évacué le sujet TPP ou « Transpacific partnership » qui désigne les négociations entre douze pays de la zone Pacifique  sur l’établissement d’une vaste zone de libre-échange couvrant pratiquement tous les échanges de biens, les règlements de litiges, l’application des mesures phytosanitaires, les échanges de services, la propriété intellectuelle, les contrats gouvernementaux et les politiques liées à la concurrence. Soit le pendant Pacifique de notre désormais célèbre traité transatlantique.

  Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a, depuis, annoncé la tenue le 14 décembre prochain d’élections législatives anticipées pour le renouvellement des 480 députés de la chambre basse du Parlement japonais. Si sa majorité n’est pas en danger, Shinzo Abe le doit surtout à une opposition exsangue. Le premier ministre japonais est très affaibli politiquement faute de résultats économiques probants. Et  l’heure n’est pas venue de mécontenter les agriculteurs, qui pourraient décider des résultats dans certaines circonscriptions majeures. Les négociations ont repris cette semaine à Washington mais ne devraient pas marquer d’avancée majeure, compte tenu de l’agenda politique japonais.

  Car au Japon, le « TiPiPi » reste le sujet qui fâche. Dans un éditorial récent, le quotidien Japan times estimait même que Tokyo devait surtout ne pas se précipiter : « Le Japon devrait s’abstenir de toutes concessions faciles qui ne renforceraient pas ses intérêts économiques. L’essentiel est de déterminer l’objectif final des négociations de manière à ce qu’elles bénéficient vraiment à l’économie et au peuple japonais » écrivait le journal.

Le Japon veut protéger ses produits sacrés

Compte tenu du caractère tout aussi secret — mais beaucoup plus suivi par les grands médias — des négociations, peu d’informations filtrent. Néanmoins, le puissant lobby américain des producteurs de porcs qui pousse pour une élimination totale des droits de douane, s’est récemment plaint du fait que les Japonais souhaitaient protéger 500 lignes tarifaires et surtout exclure de l’accord ce qu’ils appellent les « cinq produits sacrés » : le bœuf, le porc, le riz, le blé et particulièrement les produits laitiers qui s’affirment comme l’une des principales d’achoppement.
Des exigences qui font frémir les partisans farouches d’un partenariat transpacifique. Ainsi de l’économiste américain Richard Katz,  auteur de plusieurs livres savants sur l’économie japonaise et apparemment complètement hermétique au subtil système protectionniste mis en place dans la péninsule : « Les pourparlers prennent le risque de se transformer en un autre cycle de Doha, où les négociations s’éternisent et rien n’est signé. Il existe de nombreuses causes à ce danger, mais l’une des plus importantes est le refus de Tokyo d’éliminer la plupart des obstacles au commerce d’importation de produits agricoles : le bœuf, le porc, les produits laitiers et le blé. La tragédie, c’est que le Japon, et non ses partenaires commerciaux, a le plus à gagner à libérer son marché. Les consommateurs japonais dépensent 14 % de leur budget à l’alimentation, bien plus que les 6 % dépensés par les Américains. Des importations de nourriture moins chères pourraient considérablement réduire ce coût et libérer le pouvoir d’achat des consommateurs pour d’autres produits ». A ceci près que les Japonais semblent préférer consommer « made in Japan » et payer un peu plus.

Outre les « produits sacrés », tout comme dans les négociations du traité transatlantique, la question d’un système de règlement des contentieux commerciaux capable de fonctionner dans les systèmes judiciaires des douze pays partenaires est loin d’être achevé. La Nouvelle-Zélande, le Chili, le Pérou et le Vietnam sont eux particulièrement préoccupés par toutes les règles qui touchent les entreprises publiques.

De leur côté, les Américains craignent plutôt l’afflux des constructeurs automobiles japonais, déjà bien présents aux Etats-Unis. Les dernières rencontres entre Japonais et Américains sur ce sujet se sont déroulées le 27 octobre dernier à Sydney sans aucune avancée majeure, selon le ministre japonais chargé des négociations.

Bref, le TPP est dans une phase de paralysies, chacune des parties attendant un geste d’ouverture de l’autre. Le tout dans un contexte politique national, aux USA comme aux au Japon, guère propice à lâcher du lest : « Si les Etats-Unis peuvent offrir un ensemble commercial sur le secteur automobile, et si le Japon peut faire de même avec son secteur agricole, les négociations difficiles peuvent être résolues. Cela représente 80 % du contentieux. Tout le monde (dans le TPP), est juste en mode « wait and see » » déclarait récemment Yorizumi Watanabe ancien diplomate japonais impliqué dans des négociations commerciales entre le Japon et le Mexique.

La Chine lance l’étude d’un projet de traité « anti-TPP »

Le sourire est vaguement réapparu sur les lèvres des partenaires lors du dernier sommet de coopération pour l’économie Asie-Pacifique (APEC) du 6 novembre, certains journaux américains croyaient savoir que le Japon avait fait des concessions sur l’agriculture et l’automobile. Des affirmations démenties par la presse japonaise qui continue à qualifier les négociations de « boueuses et imprévisibles  ». Il ne s’agissait, en fait, guère plus que de donner le change à la mise en scène du triomphe chinois et à l’idylle naissante entre Xi Jinping et Vladimir Poutine. Même les plus optimistes des négociateurs laissent entendre que faute d’accord dans les six mois, le TPP sera sans doute enterré. Ainsi du premier ministre néo-zélandais John Key qui voit la contestation s’affirmer dans son pays.

  D’autant que lors de ce rendez-vous de l’APEC, Pékin a jeté une belle pierre dans le jardin des négociateurs du TPP. Pékin, qui présidait cette année le sommet, a fortement poussé pour lancer une « étude stratégique »  sur une zone de libre échange Asie-Pacifique (FTAAP) incluant tous les membres de l’APEC, Chine et Russie compris. Un « partenariat anti-TPP » et un marché encore plus immense représentant 2 milliards de personnes et 60 % du PIB mondial. L’étude, qui n’est pas l’ouverture de négociations, est prévue pour durer deux ans. Si l’ouverture de négociations qui incluraient des traités de libre-échange Chine-USA et Russie-USA est très hypothétique, le seul lancement d’une étude sur un traité « concurrent »  pourrait bien encore retarder la signature d’un accord transpacifique. Certains des membres de l’APEC ne veulent pas fâcher Washington en refusant de s’associer au TPP mais pourront prendre prétexte de cette étude stratégique pour retarder leur décision.

  C’était largement l’objectif de Pékin (et Moscou) qui voit le TPP comme un mécanisme de coopération économique au profit des USA et un moyen de containment de sa puissance régionale. D’où l’empressement de Washington à vouloir signer quelque chose ressemblant de près ou de loin à un traité commercial, même purement symbolique, quitte à continuer les négociations.

   Si pour Tokyo, il n’est plus question de quitter la table des négociations, les défenseurs du traité craignent plutôt désormais une issue qui serait pire : la signature d’un traité vidé de son contenu. Le TPP n’aurait alors pas connu le même sort funeste que le cycle de Doha noyé dans un désaccord permanent et insoluble. Le TPP aura, lui, succombé sous la pression de l’obligation de signer un accord, pour devenir in fine un accord « fantôme »…

Merci à http://www.marianne.net/

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One Comment on “Traité TransPacifique (TTP) : un partenariat « mort-né » ?”

  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur raimanetet a ajouté:
    usurpateurs et transgresseurs de la simple condition humaine … il va falloir un sacré coup de butoir pour les planter la ou ils sont désormais seul au monde, seul contre tous, seul face a la planète qui refuse toute forme de mondialisation sous contrôle exclusif des impérialistes « ricains » ! réveillez vous avant qu’il ne soit vraiment trop tard …