« On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression »: les termes qu’il a choisis dimanche ont dû résonner avec douceur à Athènes, où le parti de gauche radicale Syriza a conquis le pouvoir en se dressant contre les coupes dans les dépenses publiques.

Si les mots sont plus tranchants, le plaidoyer du président américain n’est pas réellement une surprise. Son administration n’a pas hésité à mettre 426 milliards de dollars sur la table en 2009 pour contrer la crise financière, et appelle fréquemment l’Europe à ne pas étouffer la croissance avec trop de rigueur budgétaire.

Le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew a ainsi, à maintes reprises, appelé à un « recalibrage » en Europe, allant jusqu’à chiffonner l’Allemagne, accusée de freiner trop drastiquement la relance économique en modérant ses salaires.

« Le président Obama est très bien placé pour savoir à quel point l’austérité peut nuire à une économie qui souffre d’une faible demande: c’est bien pour cela qu’il a oeuvré au vaste plan d’essence keynésienne en 2009 » aux Etats-Unis, affirme à l’AFP David Wessel, expert au centre Brookings de Washington.

– Timing –

C’est, au fond, davantage le timing choisi par le président américain qui a pu surprendre: M. Obama s’est exprimé sur la Grèce à la veille de la présentation de son propre budget, estampillé « anti-austérité » et incluant une hausse des dépenses de 74 milliards de dollars.

Son message à l’Europe en cachait-il un autre, destiné à la scène intérieure ?

« La référence à la Grèce est un moyen de justifier ses propres choix politiques », affirme à l’AFP Jacob Kierkegaard, expert au Peterson Institute de Washington.

Sans que la situation soit en rien comparable à la Grèce, les Etats-Unis sont, depuis janvier 2013, en butte à une cure d’austérité forcée, née de l’impasse politique à Washington et à laquelle le budget 2016 entend mettre un terme.

« Au fond, on peut dire d’Obama qu’il réduit l’austérité aux Etats-Unis et c’est donc naturel pour lui d’appeler à réduire l’austérité dans d’autres parties du globe », poursuit M. Kierkegaard.

L’appel présidentiel à moins d’austérité peut également se lire avec, en toile de fond, la crainte de Washington de voir une nouvelle crise économique éclater en Europe.

L’effondrement de la Grèce et une implosion de la zone euro pourrait gripper la reprise américaine, vu la profondeur des liens commerciaux et financiers entre les deux bords de l’Atlantique.

« C’est dans le propre intérêt des Etats-Unis d’éviter une implosion de la Grèce », souligne auprès de l’AFP Desmond Lachman, expert à l’American Enterprise Institute, qui décèle également un enjeu plus géopolitique: éviter un possible rapprochement entre Moscou et Athènes.

Le nouveau gouvernement grec ne cache pas sa sympathie pour la Russie, suscitant des interrogations sur une possible réorientation stratégique de sa diplomatie.

« Obama ne veut pas voir la Grèce échouer, quitter l’euro et être marginalisée au risque de rejoindre le camp russe », relève M. Lachman.

Signe que Washington n’abandonne pas le terrain, une délégation du Trésor américain se rendra « dans les prochaines semaines » à Athènes pour nouer contact avec les nouvelles autorités, a appris l’AFP auprès d’un représentant de l’administration.

Sur un plan purement commercial, les Etats-Unis redoutent également un enlisement de l’Europe qui se traduirait par une dépréciation de l’euro face au dollar, rendant les produits du Vieux Continent plus compétitifs.

« Il y a la crainte que si l’Europe ne croît pas plus vite au plan interne, la grande partie de sa croissance viendra d’exportations vers les Etats-Unis, ce qui affaiblira l’activité américaine et augmentera le déficit commercial » du pays, analyse M. Kierkegaard.

Les Etats-Unis ont accusé en novembre un déficit de 11,8 milliards de dollars vis-à-vis de l’Union européenne sur les seuls échanges de biens.

AFP