les politiques devraient-ils prendre la main pour négocier le TTIP/TAFTA ?

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RTBF | 20 novembre 2015

Les négociations du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI en français ou TTIP en anglais), ont démarré en 2013 avec comme objectif de créer un grand marché transatlantique entre les Etats-Unis et l’Union Européenne.

Les négociations sont en cours entre spécialistes et même si la Commission européenne fait des efforts de communication, on ne peut pas dire que la transparence soit au rendez-vous. Le TTIP provoque d’importantes levées de boucliers en Europe. Les deux spécialistes invités de 7éco sont plutôt favorables au TTIP, mais avec des balises.

Pascal Lamy : on ne négocie pas des normes de précaution

Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce, les négociations du TTIP n’ont plus grand-chose à avoir avec celles des anciens accords commerciaux : « Il s’agit toujours comme dans le passé d’ouvrir les échanges, parce que sous un certain nombre de conditions l’ouverture des échanges cela produit de la croissance et du bien-être, sauf qu’ouvrir les échanges aujourd’hui et demain, ce n’est pas comme on le faisait avant. Hier on réduisait les droits de douanes, ce n’était pas très compliqué et cela se négociait. Vous réduisez vos droits de douanes sur les vélos d’autant et moi sur la ferraille d’autant. Dans le domaine de la précaution, que ce soit les équipements de sécurité des voitures, le bien-être des animaux, la protection des données privées, les maximum de pesticide dans les fleurs, il faut réduire les obstacles, mais ça n’est pas réduire les mesures. On ne va pas dire je prends ta norme de sécurité sur les briquets et tu prends la mienne sur les poulets ! Ce n’est plus de la négociation. C’est de la discussion, de la convergence, c’est très nouveau, c’est très compliqué et on ne peut pas traiter cela comme une négociation classique ».

André Sapir : les négociateurs ne sont pas les bons

Autrement dit, dans le cadre des discussions sur le TTIP, les Européens n’accepteront pas d’abaisser leurs normes de précaution. Peut-on alors espérer que les Américains acceptent de revoir les leurs vers le haut ? La réponse d’André Sapir, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et à la Solvay Brussels School : « D’abord, c’est une fausse idée, très répandue en Europe, que nos normes sont de loin supérieures à celles des Américains. Il n’est pas nécessaire de reparler du problème Volkswagen pour savoir que ce n’est absolument pas le cas. Dans certains domaines, nous sommes plus exigeants et dans d’autres ce sont les Américains. Le problème en matière de régulation, c’est que je suis mal à l’aise de confier (ces sujets) à des négociateurs commerciaux qui sont habitués à faire des transactions du genre : je te donne ceci, tu me donnes cela. La régulation doit être décidée dans un cadre politique, or nous n’avons pas un cadre politique transatlantique ».

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