Alors que le secrétaire d’État au Commerce extérieur, Matthias Fekl, a annoncé ce mardi 30 août, que la France demandait l’arrêt des négociations sur le Tafta, un porte-parole du représentant spécial américain au Commerce extérieur (USTR) Michael Froman, a indiqué que les Etats-Unis allaient continuer les négociations avec l’Europe. 

Pour Thomas Porcher, économiste et professeur associé à la Paris School of Business, une poursuite des négociations en octobre serait catastrophique pour l’image de l’Union européenne.

Cette annonce est-elle si importante ?

Nous voyons que les plus grosses parties prenantes de ce traité freinent le processus. Aux Etats-Unis, le candidat républicain à l’élection présidentielle, Donald Trump, s’y opposait déjà fermement. Sa concurrente, Hillary Clinton, tient aujourd’hui une position mitigée. Elle déclare ne pas vouloir ratifier le traité parce qu’il ne présente pas tous les avantages pour l’économie américaine. Outre-Atlantique, le ministre de l’Economie allemand, Sigmar Gabriel, a lui aussi déclaré s’y opposer. Aujourd’hui, c’est au tour du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur français, Matthias Fekl. Si les mots se concrétisent en actes, le mandat de négociations devrait donc s’arrêter, même si Bruxelles assure que les discussions avancent.

Quelles sont les raisons de cette prise de position ?

Depuis le début des négociations, les Américains refusent de céder, notamment sur les marchés publics américains. Ils veulent les réserver à leurs propres entreprises alors que les Européens étaient déjà prêts à céder sur beaucoup d’autres aspects. La forte mobilisation citoyenne en Allemagne, en France et aux Etats-Unis a également joué un rôle.

Il y a aussi le contexte électoral aux Etats-Unis, en Allemagne et en France…

Le calendrier électoral joue, en effet, contre le calendrier des négociations. C’est d’ailleurs par là que tout a commencé. S’il n’y avait pas eu la présidentielle américaine, les négociations autour du Tafta auraient continué tranquillement, malgré les mobilisations citoyennes en Europe et aux Etats-Unis. Le fait que Donald Trump a commencé à s’y opposer très fermement a obligé Hillary Clinton à infléchir. François Hollande a lui-même opté pour cette position mitigée un an avant l’élection présidentielle. Le Tafta est finalement un dossier très chaud, que les politiques ne souhaitent pas mettre sur la table publique en période d’élections.

Quelles vont être les conséquences d’une telle annonce ?

Après le Brexit, qui a engendré une défiance des populations envers l’UE, les gouvernements européens ont annoncé vouloir donner un nouvel élan, beaucoup plus démocratique, à l’Europe. Au vu des déclarations actuelles, cela serait un très mauvais signal de poursuivre les négociations en octobre. Il s’agirait d’une preuve supplémentaire du déni démocratique de la bureaucratie européenne, ce qui serait catastrophique pour l’image de l’Union.

Quid du Ceta, l’accord de libre échange entre le Canada et l’UE ?

Le Ceta est clairement le petit frère du Tafta. Il fait aussi l’objet de nombreuses critiques car il ne prend pas en compte les contraintes climatiques. Pour autant, il a plus de chance d’être adopté, car contrairement au Tafta, nous n’en sommes plus, avec le Ceta, au stade des négociations. Il doit prochainement être ratifié par les parlements nationaux.