COP21: les engagements (INDC) des états sont largement insuffisants selon l’ONU

COP21 : l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius est-il vraiment  en vue ?

30 octobre 2015 – A un peu plus d’un mois de la conférence mondiale sur le climat de Paris (COP21), un nouveau rapport, publié vendredi par les Nations Unies, indique que les efforts entrepris par les Etats dans le cadre des préparatifs de la COP21 sont susceptibles de rendre accessible l’objectif de maintenir la hausse des températures sous la barre de 2 degrés Celsius.

Ce rapport du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) souligne que 146 Etats ont remis avant la date butoir du 1er octobre 2015 leur Contribution prévue déterminée au niveau national (INDC).

Lors de la 19ème session de la Conférence des parties à la CCNUCC, organisée à Varsovie en 2013, chaque Etat s’était en effet engagé à formaliser au sein d’un document intitulé INDC ses objectifs nationaux à court et à long termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces INDC sont censées constituer la base des négociations devant conduire à l’adoption d’un accord global sur le climat à Paris en décembre.

« Les 146 plans comprennent tous les pays développés et les trois quarts des pays en développement parties à la CCNUCC, soit 86% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et près de quatre fois plus que dans le cadre du Protocole de Kyoto, le premier traité international à exiger des réductions d’émissions de la part des pays industrialisés », s’est félicité la Secrétaire exécutive de la CCNUCC, Christiana Figueres, dans un communiqué de presse annonçant la publication du rapport.

Intitulé ‘Rapport de synthèse sur l’effet global des Contribution prévue déterminée au niveau national’, ce dernier conclue que les 146 INDC remises par les Etats, prises dans leur ensemble, sont susceptibles de ralentir considérablement les émissions mondiales de gaz dans l’atmosphère.

« Les INDC ont la capacité de limiter la hausse des températures prévues à environ 2,7 degrés Celsius d’ici 2100, ce qui n’est en aucun cas suffisant, mais reste largement en dessous des estimations de quatre à cinq degrés de réchauffement, voire plus, avancées par les experts avant les INDC », a salué Mme Figueres.

L’autre constat clé dressé par le rapport réside dans le fait que l’impact global des INDC conduira à une baisse des émissions par habitant au cours des 15 prochaines années.

« Une des principales conclusions est que les INDC réduiront les émissions mondiales moyennes par habitant de 8% en 2025 et 9% en 2030 », a souligné la Secrétaire exécutive de la CCNUCC, qualifiant la période à venir de nouvelle ère de l’ambition climatique de la communauté mondiale des nations.

Le rapport du secrétariat de la CCNUCC ne permet pas d’évaluer directement l’impact des INDC sur le changement climatique d’ici la fin du siècle dans la mesure où les informations sur les émissions au-delà de 2030 ne sont pas disponibles, a précisé Mme Figueres.

« S’ils sont pleinement mis en œuvre ces plans permettront de limiter significativement la croissance des émissions de gaz à effet de serre : tel un plancher, ils constituent une base à partir de laquelle nous devront construire toujours plus haut », a déclaré la Secrétaire exécutive de la CCNUCC, tout en se disant confiante dans le fait que la signature d’un accord global entre Etats à la COP21 permettra de jeter les bases de la lutte climatique.


TTIP/TAFTA : point de situation des négociations après la 11ème session de négociations

L’accord transatlantique a marqué une nouvelle étape à Miami la semaine passée.

En effet le 11ème cycle de négociations qui s’y est tenu du 19 au 23 octobre a enregistré un certain nombre d’avancées, et permis de clarifier le calendrier de l’année à venir, en tout cas tel que les négociateurs l’envisagent.
Et si les discussions piétinent dans nombre de domaines, quelques avancées notables aggravent le cas du TTIP…

 

A la Direction générale du Commerce, département de la Commission en charge des négociations, l’humeur avait toutes les raisons d’être morose à la veille du départ en Floride.
La proposition de réforme de l’arbitrage d’investissement présentée le 16 septembre par la Commissaire Malmström, un « système de cour d’investissement », n’a pas vraiment convaincu. Société civile comme lobbies industriels l’ont accueillie avec froideur, avec des arguments différents. Pour la première, l’ICS se borne à rhabiller d’atours séduisants un mécanisme qui demeure à l’identique, soit un dispositif inéquitable, partial et surtout exclusivement construit pour bénéficier aux entreprises. La Chambre américaine de commerce, sans doute le premier lobby industriel au monde, qui jouit d’une influence colossale à Washington, a quant à elle sèchement critiqué la proposition européenne, et prévenu qu’elle n’était pas acceptable dans la perspective sérieuse d’aboutir à un traité satisfaisant. [2]

Une semaine avant le 11ème round, la fuite [3]d’un compte-rendu (organisé le 24 juillet dernier) de la 10ème session de négociations fait par la DG Commerce aux représentants des États membres démontrait en outre la difficulté des pourparlers. Plusieurs gouvernements (la France, l’Italie ou la Pologne par exemple) se lassent du peu d’entrain de Washington à discuter des sujets sensibles et à faire des propositions adéquates à leurs yeux. C’est le sens de l’intervention du Secrétaire d’État M. Fekl [4] dans son interview au journal Sud Ouest le 27 septembre dernier. En substance l’administration américaine refuse de discuter un certain nombre des demandes clés de l’UE : la création d’un chapitre Énergie (souhaité par beaucoup de pays d’Europe de l’Est), la négociation sur la réglementation des services financiers ou la discussion sur les Indications géographiques protégées.

Et la DG Commerce s’irrite de la succession des fuites de ses documents sur le web ! Le 31 juillet, C. Malmström annonçait ainsi le resserrement des modalités d’information des États membres. En somme, des comptes-rendus généraux destinés au plus grand nombre, et les détails (notes d’étapes, documents de négociation, rapports détaillés…) à une infime minorité (ministres et leurs équipes et eurodéputés, en fonction de leur champ de compétences).

Pour Bruxelles, Miami s’est donc ouvert dans un contexte de pression, d’autant plus que les États-Unis pouvaient quant à eux se féliciter d’en avoir terminé avec leur plus gros morceau : le traité transpacifique, conclu à Atlanta le 5 octobre [5]. L’échec du TTIP, ou l’ensablement des négociations, déporteraient donc sans doute encore un peu plus le centre de gravité du commerce mondial vers l’Asie.

 

Alors que s’est-il passé en Floride et où en est le TTIP au terme de cette 11ème session ? [6]

L’échange de nouvelles offres tarifaires

C’est un développement important car l’UE renchérit le taux global d’ouverture de ses marchés à 97 %. On se souvient en effet qu’en février 2014, les deux parties avaient échangé leurs offres respectives peu après le lancement des négociations, et que l’UE avait renvoyé celle de Washington, l’estimant très insuffisante : l’UE proposait déjà la libéralisation complète de 96% de ses lignes tarifaires, et de niveaux de protection différenciés (quotas annuels ou protection totale) pour 4% de produits dits « sensibles ». En échange l’offre américaine plafonnait à 80% et envisageait uniquement des libéralisations progressives à partir de l’entrée en vigueur de l’accord.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Les produits agricoles et industriels sont classés par les services douaniers en « lignes tarifaires ». Chacune se voit affecter un tarif douanier, autrement dit le taux de taxation qui lui sera appliqué.
Dans le volet « accès au marché » d’un accord de libre-échange, la négociation consiste d’abord à s’engager sur un pourcentage global de ces lignes tarifaires dont le tarif douanier sera supprimé, immédiatement ou graduellement. Ce premier chiffre est symbolique du niveau de libéralisation proposé/recherché.
Ensuite vient la discussion ligne par ligne : quelles sont celles inclues par chaque partie dans son offre, quelles sont celles qu’elles souhaitent exclure de cette libéralisation ? C’est une phase critique de la discussion.
Deux difficultés en plus :
la libéralisation (des 97%) n’est pas nécessairement immédiate. Elle peut faire l’objet d’un calendrier progressif, ligne par ligne.
Le contenu du paquet de produits sensibles n’est pas nécessairement épargné par la libéralisation non plus. Il peut faire l’objet d’engagements de démantèlement tarifaire à plus long terme, ou encore d’engagements à accepter une quantité annuelle maximale du produit concerné sans aucun droit de douane, ce qu’on appelle les « quotas ».

Miami ouvre donc une nouvelle étape. Les deux parties sont parvenues à s’accorder sur des offres réciproques similaires : 97% de lignes tarifaires libéralisées et 3% protégées.
Dans le cas du TAFTA, la catégorie des produits « sensibles » devrait accueillir beaucoup de produits agricoles (viandes de bœuf, porc, volaille, lait par exemple pour l’Europe), mais pas exclusivement. Aux États-Unis par exemple, la catégorie des produits sensibles inclura certains textiles et certaines lignes relatives à l’automobile.

Beaucoup de questions restent néanmoins ouvertes :
ce sont des chiffres globaux : le contenu de chaque bloc doit être scrupuleusement défini, et donnera lieu à des discussions difficiles.
Les 97% se verront-ils immédiatement libéralisés à l’entrée en vigueur de l’accord ? Quelle proportion en sera au contraire progressive, et selon quel calendrier ?
Quel sera le niveau de protection des « 3% » ? total ? Partiel ? Les États-Unis disent déjà espérer que l’UE proposera des calendriers de libéralisation graduelle pour une partie de ces produits « sensibles ».
Ce sont les points durs de la négociation future, qui ne seront vraisemblablement abordés qu’en dernière ligne droite, dans une phase de négociation plus directe.

 

Les services

Les offres de libéralisation dans le secteur des services avaient déjà été échangées lors du cycle précédent, en juillet, à Bruxelles [7]. Les formulations précises contenues dans l’offre européenne sont plus qu’inquiétantes [8], et montrent que l’engagement général de C. Malmström [9] à protéger les services publics (ainsi qu’exigé par le Parlement européen dans sa résolution de juillet 2015 [10]) ne peut être tenu sur la base du texte actuel. En effet l’exclusion d’un service public ne peut être garantie que s’il relève de l’exercice des fonctions régaliennes de l’État – sécurité intérieure ou extérieure, justice, gestion de la fiscalité – , qu’il est fourni sur une base non-commerciale et hors compétition d’acteurs privés sur le même secteur. Les discussions sur leur contenu se sont néanmoins poursuivies à Miami.

 

Statu quo sur les marchés publics (ou presque)

En dépit du caractère central du sujet pour nombre d’États membres, les marchés publics n’ont toujours pas fait l’objet d’un échange d’offres précises. D’après les deux négociateurs en chef, ce sera le cas lors du prochain cycle, en février 2016. Pour autant, l’UE a lâché une annonce fracassante en Floride : elle va désormais concentrer sa demande sur trois secteurs clés pour ses entreprises, l’énergie, les transports et les services environnementaux, et elle renonce à exiger le démantèlement des dispositions préférentielles dont bénéficient les PME américaines. L’appellation « services environnementaux » est particulièrement trompeuse : loin de référer à la fourniture de « services » susceptibles d’améliorer la qualité de l’environnement, elle recouvre également l’exploration et l’extraction minière et énergétique, la vente de composants et services nucléaires, les méga-projets hydrauliques, éoliens, solaires…

On peut sans beaucoup se tromper y lire l’empreinte des grands lobbies industriels européens et de leurs membres, les entreprises françaises (Alstom, Bouygues, EDF, Engie, Technip, Total, Veolia, Vinci…) n’étant sûrement pas en reste à la perspective de voir s’ouvrir les marchés publics américains dans ces secteurs. Bruxelles chercherait-elle à plaire à un gouvernement français publiquement critique quant au cours des négociations ?…

 

Aspects réglementaires (sectoriels et horizontaux)

L’Union européenne a fait une proposition textuelle pour le chapitre « Coopération réglementaire » [11] qui concerne les aspects transversaux du volet relatif à l’harmonisation ou convergence des normes. Mais d’après le négociateur en chef, les États-Unis n’y ont pas formellement répondu ; la discussion ne porte donc pas encore sur la préparation d’un texte « consolidé » [12].
Les discussions progressent en revanche dans un certain nombre de secteurs spécifiques : elles avancent notamment dans les domaines du textile, des technologies de l’information et de la communication, de l’automobile, des médicaments et de l’ingénierie. Une rencontre entre régulateurs européens et leurs homologues américains s’est d’ailleurs déroulée en Floride.

 

Développement durable

Bruxelles a en outre profité de Miami pour faire une proposition formelle de chapitre « Développement durable » [13]. Celle-ci est présentée par l’Union européenne, et incidemment par la France, comme une pièce maîtresse de leur stratégie globale de réforme de la protection de l’investissement. En effet un chapitre « Développement durable » doté de dispositions juridiques contraignantes serait susceptible d’introduire un début d’équilibre face aux droits exceptionnels octroyés aux entreprises dans d’autres chapitres du traité.

Espoir finalement battu en brèche à la lecture attentive du texte de la proposition, fuitée juste après le cycle de négociation [14] : s’il se conclut par l’annonce de travaux futurs en vue d’intégrer des dispositions de règlement des conflits, sans aucune perspective précise, il se compose surtout d’une liste de souhaits et autres promesses de se conformer au droit international du travail et de l’environnement, d’améliorer les comportements respectifs et de mieux associer la société civile aux choix et au suivi de leur mise en œuvre. Pas le moindre engagement n’y revêt de caractère obligatoire. Le texte omet par ailleurs complètement d’assurer la sanctuarisation des politiques publiques dédiées à la santé publique, à la protection de l’environnement ou des travailleurs. Aucune mention écrite n’empêchera une entreprise d’invoquer le dispositif de règlement des différends Investisseur-État pour attaquer un gouvernement qui prend des mesures audacieuses pour, par exemple, lutter contre les dérèglements climatiques.

 

De nombreux secteurs restent matières à désaccord

Un certain nombre de questions sont en outre au point mort tant les perspectives diffèrent toujours entre Bruxelles et Washington.

Dans le secteur de l’énergie, les discussions progressent peu. Celles-ci sont pour l’heure traitées sous le chapeau générique des règles sur le commerce (réglementation des subventions publiques et des aides d’État, concurrence versus monopoles…) faute de volonté américaine, à ce jour, de leur consacrer un chapitre à part entière. C’est pourtant une demande phare d’un certain nombre de pays est-européens (Pologne, Lituanie, République Tchèque notamment). Rappelons les objectifs de cet hypothétique chapitre « Énergie » tel que l’UE le souhaiterait : la libéralisation des exportations de pétrole brut et de gaz depuis les USA vers l’Europe, mais également – on le dit moins – la réglementation de l’usage des subventions publiques dans la production et la commercialisation de l’énergie et d’autre part des entreprises publiques du secteur.
Si l’on ne peut que souhaiter la fin des subventions publiques aux énergies fossiles, les énergies renouvelables pourraient prétendre à soutien financier des Etats et des collectivités locales. Le traité transatlantique l’empêchera-t-il définitivement ? L’imposition d’un fonctionnement concurrentiel à des opérateurs publics du secteur pourrait en outre remettre en question la construction d’un(de) service(s) public(s) de l’énergie qui soit accessible(s) et démocratiquement supervisé(s).

Concernant les services financiers, l’UE souhaite intégrer au TTIP le résultat de discussions relatives à la coopération dans le domaine de la régulation des services financiers qui se tiennent en parallèle, en bilatéral ou dans des espaces multilatéraux. Bruxelles a du reste soumis une offre de libéralisation de ses services financiers dans le cadre des négociations sur l’accès aux marchés de service, qui comporte des formulations vagues et limitées quant au maintien d’un espace politique pour réglementer les flux financiers.

La discussion sur les Indications géographiques protégées (IGP) n’enregistre aucune avancée. Fin de non-recevoir, donc, pour l’heure, à la « diplomatie des terroirs » de MM. Fekl et Le Foll.

Les résultats peuvent sembler minces. Il n’en reste pas moins que l’échange d’offres tarifaires satisfaisantes pour les deux parties marque une étape importante de la négociation.
Si le TAFTA n’est pas qu’un accord commercial, il le reste tout de même, et l’insistance américaine à entrer sur un nombre de marchés agricoles aujourd’hui protégés en Europe en témoigne bien. Inversement Bruxelles paraît prêt à monnayer l’accès aux marchés publics américains à n’importe quel prix, fût-ce ses campagnes et ses paysans. Des observateurs présents à Miami expliquaient en effet aux journalistes de insidetrade.com que la composition des « 3% » européens (supra) serait sans doute définie en dernière ligne droite, quand Bruxelles pourrait apprécier l’offre réelle de Washington dans le domaine des marchés publics.

Et cela pourrait arriver vite. En effet, à l’issue du cycle de Miami, les négociateurs en chef ont réaffirmé le même objectif, déjà rappelé par C. Malmström et M. Froman fin septembre suite à leur rencontre : conclure les négociations avant l’élection présidentielle américaine (début novembre 2016).
Pour rendre cet objectif accessible, ils prévoient des discussions techniques intenses dans les mois qui viennent, avant une nouvelle session formelle annoncée pour février 2016 à Bruxelles.


Contre l’espionnage, Julian Assange recommande d’utiliser La Poste

« Les journalistes sont traités par les services de renseignements comme des espions », affirme le fondateur de WikiLeaks dans le quotidien belge « Le Soir ».

Source AFP

Publié le 24/10/2015 à 15:13 | Le Point.fr
Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, met en garde les journalistes contre les services de renseignements.
Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, met en garde les journalistes contre les services de renseignements.©Juan Passarelli/AP/SIPA

Malmström gets interrupted during TTIP speech in Belgium


Les Etats préparent un réchauffement climatique supérieur à 3°C !

Evaluation ! Une majorité d’Etats de la planète ont désormais rendu public leurs objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre pour la période post-2020. Le verdict est sans appel : les Etats proposent de sauter à pieds joints dans le chaos climatique qu’il nous faut éviter.

Sur les 195 Etats-membres de l’ONU, 150 ont désormais fait connaître leur contribution à la lutte contre les dérèglements climatiques (INDC dans le jargon de l’ONU). Ces contributions nationales, volontaires et non contraignantes, comportent notamment des objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre pour la période postérieure à 2020. Ces 150 pays représentent environ 90 % des émissions mondiales, soit un seuil suffisant pour avoir une idée de l’ampleur du réchauffement climatique qui découle de ces propositions.

2,7°C de réchauffement maximal ? Une tromperie !

Dans la presse, un chiffre a été repris par de nombreux négociateurs et commentateurs (voir ici sur FranceTVInfo, ici sur le site de l’Obs ou encore ici dans le Guardian) : la lutte contre les dérèglements climatiques serait sur la bonne voie car les engagements des Etats permettraient de maintenir le réchauffement climatique aux alentours de 2,7°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Ce serait un premier pas avant d’aller plus loin, et pouvoir revenir sur une trajectoire de réchauffement maximal de 2°C d’ici à la fin du siècle.

Cette présentation est trompeuse. L’étude d’où est issu ce chiffre donne une fourchette allant de 2,2°C à 3,4°C. Soit un écart incroyable de 1,2°C, supérieur au réchauffement climatique actuel : bref, l’incertitude règne ! Il n’est d’ailleurs jamais rappelé que 2,7°C de réchauffement serait un réchauffement trois fois supérieur au réchauffement actuel (0,85°C) qui génère déjà de graves conséquences aux quatre coins de la planète. Plus important, ces contributions volontaires conduisent à un accroissement continu des émissions jusqu’en 2030, pour atteindre 53-55 gigatonnes de CO2e en 2030, soit un écart de 15-17 Gt CO2e par rapport à la limite maximale d’émissions que recommande le GIEC pour rester en deça des 2°C.

Plus important, de tels niveaux d’émissions en 2030 pourraient rendre impossible un retour sur une trajectoire de réchauffement maximal de 2°C, plus encore pour rester en deçà de 1,5°C. L’étude explique que pour revenir sur une trajectoire de 2°C, il faudrait passer à des taux de réduction d’émission annuels de 3 ou 4% – là où les Etats se sont engagés à des objectifs maximums de 1,5% par an d’ici 2030. Soit des objectifs annuels qui pourraient « ne pas être techniquement possibles » et qui seront en tout cas très « coûteux ». Il faut donc comprendre que le calcul conduisant à un réchauffement maximum de 2,7°C d’ici la fin du siècle est établi sur la base de ces taux de réduction de 3 à 4% par anartir de 2030. Cette hypothèse est peu fondée et laisse croire qu’on pourrait attendre quelques années supplémentaires avant de s’engager pleinement dans la réduction des émissions. Ce n’est bien-évidemment pas le cas puisqu’en matière de climat, tout retard pris n’est pas rattrapable : les émissions s’accumulent au cours des années dans l’atmosphère et c’est bien le stock qui détermine le réchauffement climatique, plus que le flux d’une année donnée.

Une nouvelle étude, menée par la société civile

Les ONG, associations et syndicats internationaux (voir liste ci-dessous) ont décidé de réaliser leur propre évaluation des contributions volontaires des Etats. L’étude a été rendue publique ce mardi 20 octobre à Bonn, en Allemagne, à l’occasion de la dernière semaine de négociation intermédiaire avant la conférence de Paris – Le Bourget. Les résultats sont sans équivoque : les contributions volontaires des Etats sont inacceptables car elles préparent un réchauffement climatique supérieur à 2°C et elles ne sont absolument pas équitables. C’est un des points saillants de cette étude que de prendre en compte la responsabilité historique des Etats et leur inégale capacité à agir pour analyser leurs contributions initiales. La société civile appelle donc les Etats à revoir leur copie. Un verdict bien éloigné de tous ces négociateurs et commentateurs qui laissent entendre que les Etats seraient sur la bonne voie en matière de lutte contre les dérèglements climatiques.

Voici les principaux résultats de l’étude (résumé en anglais ici – et démarche présentée sur ce site) :

  1. Pris conjointement, les engagements des Etats ne permettent pas de rester en deçà des 2°C, et encore moins 1,5°C. Même dans le cas (hypothétique) où tous les Etats réalisaient effectivement leurs promesses, le réchauffement climatique pourrait être supérieur à 3°C, soit une très forte probabilité d’embarquer sur un scénario d’emballement climatique dangereux et non maîtrisable ;
  2. Les contributions des Etats représentent moins de la moitié des réductions d’émission qu’il faudrait réaliser pour 2030 ; les engagements actuels représentent donc une très faible part de ce qui devrait être fait (voir le schéma ci-dessous) ;
  3. Si l’on tient compte de leurs engagements financiers, les contributions de la majorité des pays développés sont très éloignées de la juste part qu’ils devraient réaliser : la contribution du Japon représente 10% de ce qu’il devrait mettre sur la table en terme de réduction d’émissions et de financement, les Etats-Unis 20% et l’Union européenne un peu plus de 20%.
  4. La majorité des pays en développement ont mis sur la table des objectifs de réduction d’émission qui sont compatibles avec leur juste part, ou qui s’en rapprochent.
  5. Alors que les financements climat sont absolument clefs pour que les pays développés prennent leur juste part dans l’effort global, il y a clairement un manque de moyens mis à disposition pour faire face aux coûts de l’adaptation et aux pertes et dommages que subissent notamment les pays les plus vulnérables face aux dérèglements climatiques.
L'écart entre le nécessaire et ce qui est sur la table !
L’écart entre le nécessaire et ce qui est sur la table !

Les exigences :

  1. l’accord de Paris devrait se baser sur une approche en terme de budget carbone afin de déterminer les objectifs des pays, à la fois en terme de réduction d’émission et de financement. Sur cette base, des objectifs agrégés devraient être adoptés pour 2020, 2025, 2030, 2040 et 2050, afin de fournir une feuille de route permettant de conserver une chance raisonnable de rester en deçà de 1,5°C ou, au pire, 2°C de réchauffement. L’objectif de décarbonisation totale de l’économie mondiale doit-être fixé à 2050 et non à la fin du siècle.
  2. L’accord de Paris doit inclure un mécanisme efficace afin que les engagements des Etats soient revus à la hausse à chaque échéance, sur la base des recommandations scientifiques et des exigences d’équité, sans possibilité de revenir en arrière.
  3. De substantiels engagements supplémentaires doivent être pris en terme de financements publics pour des politiques efficaces de réduction d’émission et d’adaptation dans les pays qui en ont besoin.
  4. Les Etats doivent revoir à la hausse leurs politiques nationales de transition énergétique afin de sortir de l’âge des énergies sales.

Si l’on écoute les commentateurs – et notamment les négociateurs français – le processus de récolte des contributions nationales volontaires serait un immense succès, compte tenu que la majorité des pays ont rendu leur copie et qu’elles seraient une base pour aller plus loin. Cette étude – dont il se dit qu’elle ne plait pas vraiment à la présidence française de la COP21 – montre que ces commentaires sont bien trop optimistes et qu’ils ne sauraient cacher le manque d’ambition de ces contributions volontaires nationales.

Complèments :

  • parmi les organisations à l’initiative de cette évaluation : Action Aid International, Climate Action Network, CARE international, Christian Aid, CIDSE, Friends of the Earth International, Iternational Trade Union Confederation, Oxfam, Third World Network, WWF International, etc.
  • Ce travail d’évaluation a été réalisé sur la base d’un budget carbone offrant une faible probabilité de rester en deçà de 1,5°C de réchauffement climatique, et 66 % de chance de rester en deçà de 2°C. C’est un budget carbone très risqué et relativement peu ambitieux : les résultats de l’évaluation n’est que plus frappant. L’évaluation tient compte des responsabilités historiques des différents pays, et des différences dans les capacités à agir.

Maxime Combes, économiste et membre d’Attac France.


La Suède passe à la journée de travail de 6 heures ! Un vrai succès pour les salariés et les patrons

© Ints Kalnins Source: Reuters

De plus en plus d’entreprises suédoises sont en train d’adopter la journée de travail de 6 heures, au lieu des 8 conventionnelles. Le but ? Rendre les salariés plus efficaces sur un temps plus court et leur permettre de mieux profiter de leur famille

Maison de retraites, hôpitaux, constructeurs automobiles…ils sont de plus en plus nombreux les patrons suédois à sauter le pas et à raccourcir allégrement la journée de travail-type de leurs employés. C’est ce que rapporte le site Sciencealerte.com qui explique que l’idée est de parvenir finalement à en faire plus en moins de temps tout en gardant de l’énergie pour vivre une vie de famille épanouie.

Ainsi, l’entreprise Toyota de Göteborg -la deuxième plus grande ville du pays- qui a fait la bascule il y a plus de 13 ans a constaté un turn-over réduit dans ses équipes, un personnel plus heureux et une meilleure rentabilité !

Même constat chez Filimundus, une start-up basée dans la capitale qui a introduit la journée de six heures l’année dernière, tout comme chez Fast Company qui se réjouit de ce changement. «Rester concentré sur une tâche spécifique de travail pendant huit heures est un énorme défi. Pour faire face, nous alternons les tâches et faisons des pauses pour rendre la journée de travail plus supportable. Et dans le même temps, nous éprouvons des difficulté à gérer notre vie privée en dehors du travail» constate Linus Feldt, le PDG de l’entreprise, pour qui la journée de 8 heures est tout sauf réellement efficace.

Et ce patron de détailler ses techniques pour rendre le travail plus efficient en un temps plus court: la consultation des réseaux sociaux n’est plus autorisée pendant le temps de travail, les «distractions» en tout genre sont également éliminées et les réunions réduites au strict minimum. Le tout afin de garder de l’énergie pour après !

Selon Alerte Science, des médecins et des infirmières dans certains hôpitaux du pays sont également en train de tester la journée de 6 heures. Une maison de retraite à Göteborg est d’ailleurs passée à ce régime il y a quelques mois plus tôt et mène une expérience jusqu’à la fin de 2016 pour déterminer si les améliorations apportées en terme de soins aux patients et de bien-être pour les employés équivaut au coût de l’embauche de nouveaux membres du personnel pour couvrir les heures perdues.


ABBA TTIP … ABBA TAFTA